La résilience des fermes, indispensable à l’industrie agroalimentaire
La résilience climatique d’une ferme, c’est sa capacité à se relever plus facilement d’une sécheresse, d’un excès d’eau ou d’une mauvaise saison et à reprendre ses activités. Cette résilience lui permet de soutenir toute l’industrie agroalimentaire et, ultimement, d’assurer la sécurité alimentaire d’une population.
Imaginez un champ bien vert qui en côtoie un autre quasiment desséché. Ou une parcelle qui encaisse sans trop de mal une forte pluie, contrairement à sa voisine qui se retrouve saturée d’eau. Ou encore des vaches dont la production est moins affectée que celle des autres par une canicule. Cela n’est pas un hasard : les fermes avec une plus grande résilience climatique souffrent moins des aléas de la météo et résistent mieux aux ennemis des cultures grâce à des investissements de longue date dans la santé de leurs sols et de leurs animaux.
Le programme Fermes Laitières Engagées créé par Logiag contribue à renforcer cette capacité des fermes à rebondir. Conçu à l’origine pour accompagner les exploitations agricoles dans la réduction de leurs gaz à effet de serre (GES), le programme participe aussi, dans les faits, à augmenter leur résilience climatique en les soutenant dans l’adoption de pratiques agricoles durables.
Agriculture régénératrice, durable, climato-compatible ou résiliente?
Avec la venue des changements climatiques, notre conception de l’agriculture a changé. On parle désormais d’agriculture régénératrice, durable, climato-compatible (climate smart) et même résiliente. Or, même si elles portent des noms différents, ces quatre types d’agriculture se ressemblent beaucoup. En effet, une agriculture résiliente met généralement en œuvre des pratiques durables ou climato-compatibles.
Ce qui différencie ces types d’agriculture est leur objectif principal.
- L’agriculture résiliente vise à renforcer la capacité d’une ferme à maintenir ses activités même lors de circonstances difficiles comme un gel hâtif, une sécheresse prolongée ou une invasion d’insectes;
- L’agriculture régénératrice ou durable vise à conserver ou améliorer l’environnement dont elle dépend afin de renforcer sa résilience, même lors de circonstances difficiles;
- L’agriculture climato-compatible vise elle aussi à conserver ou améliorer l’environnement dont elle dépend afin de renforcer sa résilience, tout en réduisant ses émissions de GES ou en séquestrant davantage de carbone dans son sol.
Mais qu’est-ce que la résilience?
En résumé, tous ces types d’agriculture rendent les fermes plus résilientes. Mais qu’est-ce que la résilience?
Ce concept très général renvoie à la capacité d’un organisme, d’une personne ou d’une communauté à rebondir après un traumatisme ou une perturbation majeure. Sur une ferme, la résilience climatique s’appuie sur trois grands éléments : des sols en santé, une diversité de cultures et le bien-être animal.
Les bases d’un sol en santé
Sans sol, il n’y a pas d’agriculture. À l’œil nu, on reconnaît un sol en santé à sa couleur brun foncé ainsi qu’à sa texture grumeleuse et ferme qui lui permet de bien tenir bien dans la main, sans être compact. Au microscope, c’est un écosystème complet dans lequel la matière organique joue un rôle central.

La matière organique du sol, c’est tout ce qui vient de la vie : la faune souterraine (vers de terre, champignons, microorganismes), les résidus végétaux et le carbone qu’ils contiennent. Concrètement, la faune souterraine se nourrit des résidus végétaux, ce qui contribue à les décomposer, à en libérer les nutriments et à créer de la matière organique. Ce processus engendre de nombreux effets positifs pour le sol : il facilite la séquestration du carbone et crée une colle qui amalgame les particules minérales présente dans le sol (sable, limon, argile).
Les agrégats : le signe d’un sol en santé
L’ensemble du processus débouche sur des agrégats : des mottes de terre de quelques millimètres à quelques centimètres de diamètre, séparées par de minuscules espaces nommés pores.
Un sol formé d’agrégats favorise grandement la résilience agricole. D’abord, les pores entre les agrégats retiennent l’eau et l’air, un peu comme une éponge, ce qui réduit l’érosion du sol et les besoins en irrigation. Les pores aèrent aussi le sol, ce qui facilite l’implantation des racines et leur accès à l’eau.
De plus, en libérant les nutriments des résidus végétaux, la faune souterraine entraîne une réduction des épandages d’engrais et, donc, une réduction des coûts. Enfin, des cultures bien hydratées et bien nourries atteignent généralement des rendements élevés puisqu’elles peuvent consacrer leur énergie à croître plutôt qu’à essayer de survivre dans un milieu pauvre.
Créer de la matière organique
Les pratiques agricoles qui créent de la matière organique sont typiques de l’agriculture durable ou climato-compatible. Elles incluent notamment un travail du sol réduit chaque fois que cela est possible, selon le climat régional et la culture semée. Cela préserve notamment la faune souterraine tout en réduisant la quantité de carbone émise dans l’atmosphère (ou la minéralisation du carbone organique du sol).
La matière organique croît aussi lorsqu’on remplace des engrais minéraux au profit d’amendements riches en matière organique, comme du fumier, du digestat de biométhanisation ou des matières résiduelles fertilisantes (MRF). Lorsque laissées au champ, les cultures de couverture contribuent également à enrichir le sol de matière organique, tout en protégeant la faune souterraine.
Un autre facteur de résilience climatique : la diversification des cultures
La diversification des cultures contribue aussi à la santé des sols, de même que, de manière plus générale, à la résilience climatique des fermes. On peut la définir comme un sol constamment couvert d’une diversité équilibrée de cultures.
La diversité des cultures concourt à la santé des sols puisque chaque végétal leur procure un avantage distinct. Par exemple, ceux avec des racines profondes facilitent l’infiltration de l’eau tandis que les légumineuses se lient avec les rhizobiums, des bactéries capables de capter l’azote de l’air.
La diversité, un atout pour la ferme
Grâce à cette diversité, une ferme diminue aussi le risque de perdre l’ensemble de ses cultures à cause de la météo, d’une maladie ou d’un insecte : certaines cultures résisteront nécessairement mieux à l’épreuve que les autres.
Enfin, cultiver plusieurs végétaux améliore la biodiversité, non seulement des végétaux eux-mêmes, mais aussi de la faune souterraine et des insectes. En dernière analyse, cet accroissement dans la diversité favorise les pollinisateurs ainsi que la lutte contre les mauvaises herbes, entre autres.
Augmenter la diversité culturale d’une ferme demande de bien planifier son assolement. En effet, le producteur ou la productrice doit s’assurer que ces cultures additionnelles correspondent à ses besoins et à ses équipements, qu’il s’agisse de cultures de couverture, d’une prairie ou d’une culture saisonnière.
Un troisième facteur de résilience : le bien-être animal
Le bien-être animal est le troisième grand facteur de la résilience climatique des fermes. On peut le résumer par l’importance accordée au confort, à la sécurité et à la santé du troupeau.
Par définition, les animaux en santé contractent moins de maladies et vivent plus longtemps. Ils sont aussi généralement plus productifs et plus fertiles. Tout cela réduit les pertes et, donc, le taux de roulement du troupeau, ce qui stabilise les niveaux de production.
Les fermes laitières, en particulier, gagnent à se préoccuper du bien-être de leurs animaux. En effet, puisque chaque lactation engendre plus de lait que la précédente, conserver ses vaches le plus longtemps possible est une pratique rentable. Cela permet notamment de réduire la taille du troupeau et, donc, de réduire le coût des intrants (fourrage, hébergement, main d’œuvre). Cette plus grande efficacité contribue à la résilience des fermes, en réduisant notamment leurs dépenses et leur dépendance à des fournisseurs externes.
Bonifier les conditions de vie d’un troupeau passe par une demi-douzaine de pratiques reconnues en agriculture durable, incluant des aménagements prévenant les blessures, suffisamment d’espace et de ventilation, une litière confortable, des rations de qualité ainsi que de l’eau propre et en quantité suffisante.
En somme, la résilience climatique des fermes répond à plusieurs de leurs besoins et les aide à mieux rebondir à la suite d’événements nuisibles, comme une forte pluie, une sécheresse prolongée ou une invasion d’insectes. Cela est non seulement profitable pour elles, mais également pour l’ensemble de l’industrie agroalimentaire qui dépend d’elles et, ultimement, pour toutes les personnes qui doivent se nourrir!
