Land Sector and Removals Standard : ce que la nouvelle norme carbone mondiale signifie pour le milieu agricole
Cette norme peut sembler loin du quotidien à la ferme, mais elle touche directement les producteurs et productrices en définissant comment les grandes entreprises agroalimentaires doivent collaborer avec leurs fournisseurs agricoles pour réduire leurs gaz à effet de serre.
En janvier 2026, le GHG Protocol (l’organisme de référence mondial pour la comptabilisation des gaz à effet de serre) a publié une nouvelle norme : le Land Sector and Removals Standard (LSRS), ou norme sur le secteur des terres et des absorptions.
Cette norme marque une étape importante pour toutes les entreprises dont les activités dépendent fortement de l’agriculture et des ressources naturelles, de la ferme aux distributeurs, en passant par les industriels. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 2027 et vise à améliorer la manière dont les émissions et les absorptions de carbone (la séquestration) liées aux terres sont comptabilisées dans les bilans de gaz à effet de serre (GES) des entreprises.
Et même si son nom peut sembler éloigné du quotidien à la ferme, ses répercussions vont toucher directement les producteurs et productrices du Québec. En effet, bien que cette norme s’adresse en premier lieu aux transformateurs et aux grandes entreprises agroalimentaires, elle définit également la façon dont ceux-ci doivent s’engager et collaborer avec leurs fournisseurs agricoles.
C’est quoi, le LSRS?
Jusqu’ici, quand une grande entreprise agroalimentaire (une laiterie, un transformateur, un distributeur…) voulait déclarer son bilan carbone, les émissions liées à l’agriculture étaient souvent mal comptabilisées ou juste estimées avec des données génériques. Les pratiques réelles sur le terrain, ferme par ferme, n’étaient pas vraiment ou justement prises en compte.
Mais le LSRS change cela. C’est la première norme mondiale dédiée spécifiquement aux émissions et aux absorptions liées à l’utilisation des terres et à l’agriculture. Elle incite les entreprises dépendantes des produits agricoles à mieux comptabiliser les émissions qui sont associées à ces derniers et reconnaître, sous certaines conditions, les réductions de GES et absorptions de CO₂ générées par l’adoption de bonnes pratiques agricoles.
Concrètement, deux grandes catégories d’activités sont comptabilisées par la norme :
- Les réductions d’émissions : tout ce qui peut être mesuré et déclaré comme diminution de GES due aux activités agricoles (gestion des terres, des intrants, des animaux d’élevage, etc.).
- La séquestration de carbone : tout ce qui contribue à stocker du CO₂ dans les sols et la biomasse sur le long terme.
Pour la première fois, un standard international reconnu dit que ce qui se passe sur les terres agricoles a une valeur qui peut être mesurée puis déclarée dans les bilans carbone des grandes entreprises.

Pourquoi les grandes entreprises vont-elles avoir besoin de travailler avec leurs fournisseurs agricoles?
Le LSRS va obliger les entreprises agroalimentaires à deux choses qu’elles ne faisaient pas avant :
- Déclarer séparément leurs émissions de GES et leurs absorptions de CO₂. Elles ne peuvent pas mélanger les deux ni compenser leurs émissions avec de la séquestration pour afficher un chiffre « net » flatteur. Tout doit être transparent.
- Utiliser des données réelles, traçables et liées à des terres précises. Les moyennes génériques ne suffisent plus. Les entreprises qui veulent déclarer des réductions ou des absorptions crédibles dans leur bilan auront besoin de données terrain de qualité. Et c’est là que les fermes entrent en jeu.
Les entreprises agroalimentaires vont devoir renforcer leur collaboration avec leurs fournisseurs afin d’obtenir des données plus précises sur leurs pratiques agricoles et leur utilisation des terres. Dans ce contexte, leurs stratégies climat pourraient les amener à soutenir davantage les démarches déjà en cours chez leurs fournisseurs ou à valoriser de nouveaux projets agricoles (agriculture régénératrice, gestion des sols, etc.) puisque ce sont précisément ces types de projet qui génèrent les données dont elles ont besoin.
Ce que ça change concrètement pour les exploitations agricoles
Pour les propriétaires d’une ferme, le LSRS ne crée pas directement de nouvelles obligations réglementaires. Mais il crée une nouvelle réalité : leurs pratiques agricoles ont maintenant une valeur tangible et reconnue dans un cadre international sérieux.
Pour cela, la norme pose des exigences précises sur la façon dont les données agricoles doivent être collectées et documentées. Six d’entre elles concernent directement les exploitations :
- Le changement d’utilisation des terres. Le standard impose d’évaluer les impacts sur une période de 20 ans de tout changement d’usage des terres sur les émissions de GES et la séquestration de CO₂ (p. ex., conversion de forêt ou de prairie en terres cultivées).
- La cartographie des terres. La norme exige que chaque parcelle agricole soit identifiée avec précision : superficie, type d’occupation et localisation géographique. Il faut pouvoir montrer quelles pratiques y sont appliquées, où et comment.
- La surveillance continue des pratiques et des stocks de carbone. Pour que les absorptions de CO₂ soient reconnues dans un bilan GES, elles doivent être suivies dans le temps de façon continue et non mesurées une seule fois. Cela implique un suivi régulier des stocks de carbone dans les sols, qui peut s’appuyer sur des analyses de sol, des simulations ou une combinaison des deux.
- La permanence. Le LSRS insiste sur le fait que si on séquestre du carbone, on doit s’engager à ne pas le réémettre. C’est ce qu’on appelle le suivi des inversions (reversals), c’est-à-dire le risque que le carbone séquestré soit libéré à nouveau dans l’atmosphère. Si le carbone stocké est réémis (p. ex., à cause d’un labour profond après plusieurs années de semis direct), cela doit être déclaré comme une émission.
- La qualité et la traçabilité des données. Le LSRS privilégie les données primaires (mesures réelles sur le terrain) aux estimations génériques. Analyses de sol, registres de pratiques, cartographie précise : chaque donnée collectée auprès des exploitations agricoles renforce la crédibilité et la valeur des pratiques mises en œuvre.
- Les fuites de carbone (leakage). C’est une nouvelle exigence. Une fuite se produit quand une ferme met en place une bonne pratique pour réduire ses émissions de GES, mais que cela induit une hausse des émissions ailleurs. Par exemple, une ferme qui arrête de produire ses fourrages pour les acheter à l’étranger diminue ses émissions mais les déplace ailleurs, ce qui ne contribue pas à lutter contre les changements climatiques. C’est pourquoi la norme demande d’évaluer le risque de fuites et ses impacts, et exige de les déclarer le cas échéant. Dans les faits, pour la plupart des pratiques (amélioration des sols, gestion des intrants, pratiques d’élevage) ce risque est faible, mais il reste important de le considérer.
En résumé, toutes ces exigences peuvent sembler techniques mais elles traduisent une réalité simple : l’industrie a besoin des données précises et documentées de la part des fermes pour intégrer de manière crédible leurs contributions dans ses bilans de GES.
Ce que Logiag fait dans ce contexte
Chez Logiag, nous travaillons depuis quatre ans à développer et promouvoir des programmes de réduction de GES sur les fermes québécoises. Le LSRS vient renforcer et légitimer ce que nous construisons avec elles et les transformateurs.
- Nous documentons ce que les exploitations ont mis en œuvre (pratiques en place, gestion des terres, historique agricole, etc.). Chaque donnée collectée peut servir à démontrer la contribution des exploitations à la transition climatique.
- Nous gérons la complexité technique et méthodologique. Répondre aux exigences de quantification, de vérification tierce ou de certification, c’est notre rôle. Les producteurs et les productrices n’ont pas à devenir des spécialistes des normes carbone.
- Nous anticipons les évolutions à venir. Le guide complémentaire du LSRS sera publié d’ici juin 2026. Notre rôle est de suivre ces évolutions et d’adapter nos programmes pour que tout soit conforme et puisse être valorisé.
- Nous créons de la valeur concrète pour les fermes. Participer à nos programmes, c’est améliorer la santé des sols sur le long terme, renforcer la résilience face aux aléas climatiques et bénéficier d’un accompagnement agronomique de proximité.
En résumé : ce que vous devez retenir
Le LSRS, c’est une bonne nouvelle pour les agriculteurs et les agricultrices qui font bien les choses. Pendant des années, leurs efforts environnementaux ont été invisibles dans les bilans carbone des entreprises. Cette norme va permettre de les valoriser.
Ce que ça implique pour les exploitations agricoles, en pratique :
- Les données terrain ont de la valeur : plus elles sont précises et documentées, mieux elles peuvent être valorisées.
- Les pratiques durables génèrent des réductions et des absorptions de CO₂ désormais mesurées et déclarées dans un cadre international.
- Les entreprises agroalimentaires auront de plus en plus besoin de collaborer avec leurs fournisseurs pour améliorer la qualité et la précision de leurs bilans GES.
- Logiag est là pour faire le pont entre les pratiques agricoles et ces opportunités.







