Climat et agriculture : une équation économique qu’on ne peut plus ignorer
L’équation économique de la crise climatique est claire : plus on attend, plus la facture sera salée. La bonne nouvelle? Agir coûte moins cher que de ne rien faire.
En tant que stratège de l’action climatique chez Logiag, je suis constamment à la recherche de manifestations concrètes de la crise climatique sur l’agriculture, qui ne sont plus une abstraction. On le constate dans les rendements, la rentabilité et la stabilité des systèmes de production. Et malgré les efforts d’adaptation déployés sur le terrain, les pertes s’accumulent.
C’est là que l’équation économique devient claire : plus on tarde à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), plus les pertes s’aggravent — et plus la facture grimpe. Investir dès maintenant dans la transition climatique sur les fermes est une décision stratégique qui profite à l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, car si l’action a un coût, celui de l’inaction est bien plus élevé.
En effet, quels que soient les scénarios futurs de réduction des GES, les dommages à l’économie mondiale atteindront inévitablement près de 40 000 milliards de dollars par an en 2050. C’est six fois plus que le coût estimé pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C. Chaque année de retard dans la mitigation des émissions alourdit la facture de centaines, voire de milliers de milliards de dollars.
Le prix de l’inaction : une charge économique insoutenable pour l’agriculture
En agriculture, les impacts des bouleversements climatiques sont désormais tangibles sur le terrain, et les prévisions ne seront pas meilleures si le milieu agroalimentaire continue à reporter les investissements nécessaires.
La productivité agricole mondiale est aujourd’hui 21 % plus basse qu’elle ne l’aurait été sans les changements climatiques. Aux États-Unis, la productivité agricole pourrait reculer à des niveaux d’avant 1980 d’ici 2050. Au Québec, le stress thermique des troupeaux laitiers, à lui seul, pourrait entraîner des pertes de 5 $ à 7 $ par hectolitre, en raison de la diminution des rendements en gras et en protéines.
Une récente étude publiée dans Nature quantifie de manière saisissante l’impact du réchauffement climatique sur la production alimentaire mondiale. En analysant six cultures de base (blé, maïs, riz, soya, orge et manioc), les auteurs estiment que chaque degré Celsius de réchauffement entraînera une perte de production nette de 120 calories par personne et par jour à l’échelle mondiale — même en tenant compte des stratégies d’adaptation déjà mises en œuvre par les fermes. À ce rythme, un réchauffement de 3 °C d’ici la fin du siècle — scénario aujourd’hui considéré comme plausible — équivaudrait à effacer un repas par jour pour chaque être humain.
Agir maintenant : une opportunité économique majeure
Heureusement, il y a une autre face à cette équation, et elle est positive : agir, c’est rentable. L’investissement proactif dans l’atténuation des émissions de GES en agriculture est non seulement nécessaire, mais constitue aussi une formidable opportunité économique : chaque dollar investi aujourd’hui dans cette transition climatique en rapporterait 10 d’ici 2100 (valeur médiane).

Conclusion
Les données sont sans équivoque : l’agriculture est en première ligne des changements climatiques et cela menace la sécurité alimentaire mondiale. Malgré les efforts d’adaptation, les pertes projetées sont énormes — mais elles ne sont pas inévitables.
L’inaction coûte cher. Agir maintenant pour réduire les GES, c’est protéger notre capacité à nourrir la population et créer de la valeur économique durable.
Pour les producteurs, les décideurs et les acteurs de la chaîne agroalimentaire, la transition climatique est bien plus qu’un défi : c’est une opportunité stratégique de bâtir une agriculture plus résiliente, plus rentable et alignée avec les défis du siècle.
