Agir sur les émissions de méthane, ou l’art de transformer un handicap en atout

Pour refroidir l’atmosphère rapidement, nous disposons d’un outil à la fois sous-utilisé, puissant et rentable : la réduction des émissions de méthane issues du milieu agricole.

Il n’y a plus de doute : la crise climatique est parmi nous. Pour limiter ses effets au maximum, plusieurs cherchent un frein d’urgence capable de refroidir rapidement le climat. La réduction des émissions de méthane (CH4) représente l’un de ces freins. Il est particulièrement intéressant car il est à la fois puissant, rentable et à portée de main.

À l’heure actuelle, les regards se focalisent plutôt sur le dioxyde de carbone (CO2). Avec raison, puisque ce gaz à effet de serre (GES) est le plus grand contributeur au réchauffement climatique, représentant 80 % des GES émis au Québec et dans le monde. Cette attention portée au dioxyde de carbone est nécessaire, mais elle laisse malheureusement dans l’ombre le méthane, qui est le deuxième GES le plus courant.

Les principes sources de méthane à la ferme sont : la fermentation entérique des ruminants et la gestion du fumier.

Certes, le méthane ne représente que 13 % des émissions au Québec, mais celles-ci proviennent en majorité du milieu agricole. En effet, dans la province, 50 % du méthane résulte de la fermentation entérique des ruminants et de la décomposition anaérobie du fumier. La gestion des matières résiduelles arrive en deuxième position, avec 40 % des émissions.

Bref, le méthane offre aux fermes une opportunité en or de se joindre à la lutte contre les changements climatiques. D’autant plus que celles qui passent à l’action en sortent généralement gagnantes. La clé de la réussite? L’adoption de pratiques agricoles différentes, bien définies et bien soutenues, qui réduisent leurs émissions de méthane tout en augmentant leurs profits et leur niveau de production.

Le méthane, un effet important mais sous-estimé

Le méthane est un GES intéressant à cibler à cause de deux de ses caractéristiques : un fort pouvoir réchauffant et une courte durée de vie.

D’abord, chaque molécule de méthane réchauffe l’atmosphère 28 fois plus qu’une molécule de dioxyde de carbone. Et encore, il s’agit d’une moyenne sur 100 ans, telle que calculée avec la méthode du Potentiel de réchauffement global (Global Warming Potential). Dans les faits, au moment où il est émis, le méthane réchauffe l’atmosphère 80 fois plus que le dioxyde de carbone!

Au moment où il est émis, le méthane (CH4) réchauffe l’atmosphère 80 fois plus que le 
dioxyde de carbone. Par contre, il se dégrade en une vingtaine d'années.
Au moment où il est émis, le méthane (CH4) réchauffe l’atmosphère 80 fois plus que le
dioxyde de carbone. Par contre, il se dégrade en une vingtaine d’années.

Cela dit, ce GES ne dure pas longtemps : au bout de 20 ans, il s’est quasiment complètement dégradé en eau et en CO2, perdant alors une grande part de son pouvoir réchauffant. Certes, l’eau et le CO2 contribuent aussi à la crise climatique, mais bien plus faiblement que le méthane.

En somme, diminuer les émissions de méthane contribue en quelques années à refroidir le climat parce que cela permet aux vieilles molécules du GES de se dégrader tout en empêchant que de nouvelles molécules les remplacent. C’est pourquoi, sur une période de 20 ans, éviter l’émission d’une tonne de méthane équivaut à retirer 80 tonnes de dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Comme de l’eau dans une baignoire

Pour mieux comprendre les différences entre le méthane et le dioxyde de carbone, comparons-les à de l’eau qui remplirait peu à peu une baignoire. Diminuer le méthane revient à enlever le bouchon au fond de la cuve pour permettre l’écoulement de l’eau, alors que réduire le dioxyde de carbone équivaut à fermer le robinet.

En effet, le dioxyde de carbone subsiste dans l’atmosphère pendant des siècles. À court terme, diminuer les émissions de ce GES ne refroidit donc pas l’atmosphère; cela ne fait que ralentir le réchauffement climatique. Autrement dit, cela stabilise la moyenne des températures terrestres, sans les diminuer ni les augmenter.

Pour refroidir le climat en agissant sur le dioxyde de carbone, il faut donc en retirer de l’atmosphère. C’est possible en séquestrant du carbone dans le sol avec des pratiques agricoles régénératrices ou en l’enfouissant dans des formations rocheuses grâce à des procédés industriels, généralement issus de la chimie.

Bien que la séquestration du CO2 soit essentielle pour gagner la course contre le réchauffement climatique, cette solution présente malheureusement plusieurs limites. Puisque ce GES a un très faible pouvoir réchauffant, il faut notamment en retirer beaucoup pour faire baisser la température. Réduire les émissions de méthane, au contraire, entraîne de gros résultats à court terme.

Le méthane, un excellent frein d’urgence

Le méthane est donc un frein d’urgence à activer… de toute urgence. En tant que principales sources de méthane au Québec, les fermes qui élèvent des ruminants ou qui produisent du fumier ont un rôle de premier plan à jouer dans cette stratégie.

À court terme, cela n’exige pas une réduction de leur production. Une ferme laitière, par exemple, peut choisir d’améliorer la longévité de ses vaches afin d’en élever moins, ce qui lui permet de réduire ses coûts et ses émissions de méthane, tout en augmentant ses marges.

C’est exactement ce qu’offrent les Fermes Laitières Engagées : un accompagnement personnalisé qui aide les fermes à réduire leurs émissions de GES — incluant le méthane — tout en augmentant leur résilience et leur productivité. Pour le plus grand bien du climat, des fermes et de toute la société.

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